NOVEMBRE 2018

2,3 milliards de personnes n’ont pas accès à des installations d’assainissement : intervenons pour trouver une solution à la crise mondiale de l’assainissement



« Il est facile de tenir les toilettes pour acquises – barrez la porte, faites ce que vous avez à faire, tirez la chasse lorsque vous avez terminé puis passez à autre chose. Toutefois, pour 2,3 milliards de personnes dans le monde – soit près d’une personne sur trois – cette partie de notre quotidien est hors de portée. »

— Out of Order: State of the World’s Toilets 2017, WaterAid

Rahab, 20 ans, vit dans un camp de déplacés internes à Abuja où les toilettes décentes sont inexistantes. Pour elle, satisfaire ce besoin quotidien constitue un déplacement dangereux. « Nous allons aux toilettes dans les buissons. Comme il y a des serpents, c’est dangereux et j’ai déjà subi l’attaque de garçons. Ce n’est pas sécuritaire, ni tôt le matin, ni la nuit, car on peut tomber sur n’importe qui. » (Inter Press Service) *

Rahab n’est pas la seule dans cette situation. Elle compte parmi le milliard de femmes et de filles du monde en développement qui n’ont pas accès à une toilette. Tout comme Rahab, plusieurs de ces femmes et filles sont contraintes de déféquer dans des champs ou dans des ruelles – souvent dans la noirceur pour préserver un peu de dignité – s’exposant ainsi à des actes de violence ou à des agressions sexuelles lors de ce moment incontournable de la journée.

À l’échelle mondiale, 2,3 milliards de personnes – soit près d’une personne sur trois – n’ont pas accès à des installations d’assainissement adéquates et 892 millions de personnes doivent recourir à la défécation en plein air. Pour mettre à l’avant-plan cette crise mondiale d’assainissement – et pour alimenter l’action – les Nations Unies ont nommé le 19 novembre « Journée mondiale des toilettes ». Car même au-delà des inconvénients et des dangers auxquels font face les femmes comme Rahab, le manque d’installations sanitaires adéquates a, à l’échelle planétaire, des conséquences dévastatrices.

Voici quelques-unes des graves conséquences sanitaires, appuyées de statistiques provenant d’organisations de premier plan au niveau international, soit WASH NGO, WaterAid, UNICEF et WHO :

  • Chaque minute*, un nouveau-né meurt à la suite d’une infection causée par un manque d’eau potable et de mauvaises conditions sanitaires.
  • La diarrhée causée par un assainissement inadéquat* tue 289 000 enfants chaque année.
  • Les enfants qui survivent sont plus susceptibles de souffrir de malnutrition et d’un retard de croissance. Les retards de croissance ont des conséquences physiques et intellectuelles qui perdurent tout au long de la vie. La malnutrition* est la cause indirecte de 45 % des mortalités infantiles.
  • Des conditions sanitaires précaires augmentent le risque d’infection à la naissance; la septicémie* est la cause de 11 % des décès maternels.
  • 1,8 milliard de personnes utilisent de l’eau potable non améliorée sans protection contre la contamination par des matières fécales.

Comme le rapporte les Nations Unies, « les toilettes sauvent des vies, car elles empêchent la propagation de maladies mortelles causées par les excréments humains. » Le manque d’assainissement nuit également au potentiel de la personne et au potentiel économique — notamment celui des femmes et des filles.

L’absence de toilettes dans les écoles : un moyen indirect pour « nuire au potentiel »

Imaginez une jeune fille âgée de 13 ans vivant au Mali, au Bangladesh ou au Kenya. Comme toutes les autres filles, elle a des rêves. Cependant, son école, semblable à une école sur trois dans le monde, n’a pas de toilettes. Pour les filles, l’absence d’une toilette, encore moins d’une toilette séparée de celle des garçons, s’avère un obstacle important à la poursuite de sa scolarité. Sans l’accès à un endroit salubre et sécuritaire, les filles menstruées sont plus à risque de s’absenter de l’école, voire même de quitter l’école, à l’arrivée de la puberté. Des données récentes*publiées par WHO et UNICEF attestent que, parmi les écoles dans le monde, 31 % ne possèdent pas de service de base d’approvisionnement en eau potable et 34 % ne possèdent pas d’installations sanitaires de base.

En revanche, la présence à l’école de toilettes salubres et sécuritaires pour les filles accroît la fréquentation scolaire, contribue à la dignité, au respect ainsi qu’à l’égalité entre les sexes en plus de réduire de manière importante les maladies liées au manque d’hygiène. À titre d’exemple, au Bangladesh, la présence des filles a augmenté de 11 % * à la suite de l’installation de dispositifs d’assainissement.

Des progrès sont possibles – mais ils ne se produisent pas assez vite

Le monde, par le biais des Objectifs de développement durable (ODD), notamment l’ODD 6, s’est engagé à assurer la disponibilité et la gestion durable des secteurs de l’assainissement et de l’eau pour tous, d’ici 2030. Ceci prévoit l’engagement de mettre fin à la défécation en plein air et l’accès à des installations sanitaires adéquates.

Nous avons vu certains progrès. Toutefois, ces progrès sont inégaux. Dans 10 pays de l’Afrique subsaharienne au prise avec les défis d’assainissement les plus sévères, 7 personnes sur 10 * n’ont toujours pas accès à des toilettes de base. À ce rythme, nous ne respecterons jamais l’ODD lié à l’assainissement. Cela s’explique en partie par un manque de volonté politique et de ressources proportionnelles aux besoins. À titre d’exemple, le Rapport statistique sur l’aide internationale du Canada rapporte que le Canada n’a versé que 37 millions de dollars en 2016-2017 pour des systèmes d’assainissement de base et à grande échelle. Cette somme est inférieure à 1 % de notre budget pour l’aide internationale.

Et puisque l’initiative WASH (eau, assainissement et hygiène) est essentielle à l’atteinte de plusieurs ODD, si nous n’atteignons pas les cibles de celle-ci, il nous sera encore plus difficile d’enregistrer des progrès dans les autres sphères, notamment en santé, en éducation ainsi qu’en matière d’égalité entre les genres.

Il est temps de sensibiliser les gens à l’enjeu de l’assainissement et de passer à l’action. Le manque d’accès à des installations sanitaires ne porte pas seulement atteinte à la dignité humaine – cela a des implications sérieuses sur la santé, en éducation, sur le revenu ainsi que sur la sécurité et l’autonomisation des femmes. Mais en travaillant ensemble, nous pouvons atteindre tout le monde, partout dans le monde, au cours d’une génération – et transformer pour le mieux la vie de millions de personnes.

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