Plaider pour le droit à l’éducation : une discussion avec Hakijamii Kenya

le mercredi 10 juillet 2019 dans Blogue

Par Tayler Hernandez

En termes simples, l’éducation fait partie des droits fondamentaux de la personne. Sur le plan international, nous avons fait d’énormes progrès en matière d’éducation. Prenons en exemple la Déclaration de Charlevoix, un engagement sans précédent annoncé lors du G7 de l’an dernier sur l’éducation de qualité pour les filles, les adolescentes et les femmes dans les pays en développement. Pourtant, dans plusieurs pays, le droit à l’éducation ne se réalise pas encore pleinement.

En tant que membre du conseil consultatif jeunesse du groupe de travail Canadian International Education Policy Working Group (CIEPWG YAC), j’ai récemment eu l’occasion de prendre part à un atelier de deux jours sur l’éducation international. L’atelier fut suivi d’une journée sur la Colline parlementaire où j’ai pu discuter avec des députés canadiens et des conseillers politiques de l’importance de l’éducation internationale.

En plus des activités de plaidoyer canadiennes pour promouvoir l’éducation mondiale, on déploie, dans des pays d’outre-mer, de grands efforts pour répondre sur le terrain aux problèmes d’éducation. Prenons en exemple celui de Hakijamii : Hakijamii est une organisation nationale de défense des droits des personnes située au Kenya et qui vise à soutenir les groupes marginalisés afin qu’ils puissent réaliser leurs droits économiques et sociaux – incluant l’éducation. Dans le cadre d’une conversation avec Zulekha Amin, agente des litiges et d’éducation chez Hakijamii, j’ai abordé certaines réalités du milieu éducatif kenyan. Pour Zulekha, l’éducation est une question personnelle qui lui tient vraiment à cœur. Elle se dit « chanceuse » d’avoir reçu une éducation puisqu’elle provient d’une communauté où très peu de filles fréquentent l’école. Dans ce blogue, je soulignerai les points importants que je retiens de ma conversation avec Zulekha.

Une éducation de qualité est importante!

La principale différence entre les visées éducatives des Objectifs de développement du millénaire (ODM) et celles des Objectifs de développement durable (ODD) réside dans l’ODD4 qui met l’accent sur l’importance d’une éducation de qualité, inclusive et équitable[1]. Cela signifie que l’amélioration de la qualité de l’éducation ne passe pas nécessairement par une augmentation du nombre d’écoles. Pour plusieurs communautés marginalisées, l’accessibilité et la possibilité d’accéder à une éducation de qualité sont des enjeux en soi. Zulekha explique que, dans des zones d’habitations informelles comme les bidonvilles à Nairobi, les écoles publiques à proximité sont souvent inexistantes, et que si elles sont présentes, elles sont plutôt difficiles d’accès. Face à cette difficulté, des écoles ne faisant pas partie du cadre formel éducatif, que l’on nomme Alternative Provision of Basic Education and Training schools (APBET), ont été crées afin de fournir une éducation de base aux enfants et aux adolescents. Malgré cela, ces écoles APBET manquent de financement et de ressources, alors Hakijamii milite pour améliorer la qualité des apprentissages offerts.

La qualité des installations au sein même des écoles est l’un des autres enjeux d’importances. Au Kenya, le manque d’installations sanitaires de qualité est un enjeu majeur. Zulekha raconte qu’il arrive souvent qu’il n’y ait pas suffisamment de toilettes dans les écoles et que par conséquent, « les enfants passent toute leur pause du dîner à attendre en ligne pour avoir accès à la toilette et puis, doivent retourner en classe avant même d’avoir eu leur tour ». Cette problématique d’accessibilité aux toilettes affecte les femmes et les hommes différemment puisque, pendant les menstruations, les filles s’abstiennent de fréquenter l’école, car elles savent qu’elles n’auront pas accès à une toilette.

Éducation et genre

L’association entre éducation et inégalité des sexes va bien au-delà de l’accessibilité aux installations sanitaires. Parmi les 263 millions d’enfants et de jeunes qui actuellement ne vont pas à l’école, les filles, comparativement aux garçons, ont deux fois plus de chances d’être exclues de l’éducation[2]. Selon Zulekha, la discrimination est l’un des problèmes fondamentaux du système éducatif kenyan, tout particulièrement à l’égard des adolescentes. Ceci vient du fait que lorsque les adolescentes sont enceintes, on les retire de l’école et/ou on leur refuse le retour dans les écoles après qu’elles aient donné naissance. Bien que le droit à l’éducation soit protégé par la loi kenyane, plusieurs filles ne connaissent pas leurs droits. Le travail qu’accomplit Zulekha avec l’aide de Hakijamii vise à sensibiliser les filles quant à leurs droits à l’éducation en plus de militer auprès des législateurs pour qu’ils améliorent les principes et la mise en œuvre des droits à l’éducation.

Le rôle de l’engagement communautaire

L’éducation est un droit pour tous; cependant, pour respecter ce droit, il faut que l’ensemble de la communauté soit impliqué. L’aspect communautaire joue un rôle de premier plan dans le travail de Hakijamii. Après tout, Hakijamii signifie justice pour la communauté en swahili. C’est pourquoi le travail de sensibilisation de Zulekha pour le droit à l’éducation ne se limite pas à faire connaître aux filles leurs droits en matière d’éducation, mais comprend également la sensibilisation des parents, des membres de la communauté et des directions d’école. De plus, Hakijamii fait appel aux émissions de radio pour diffuser le message du droit à l’éducation dans la communauté.

Cette conversation avec Zulekha m’a beaucoup appris sur le contexte scolaire au Kenya et sur la nécessité d’une éducation de qualité et inclusive; sur la relation qui existe entre le genre et le droit à l’éducation; et sur l’importance de l’engagement de la communauté. Comprendre ces enjeux clés permet de déployer des efforts de plaidoyer mieux informés et plus efficaces en matière d’éducation internationale.

En étant mieux informés sur ces enjeux du secteur de l’éducation et en nous attelant tous à la tâche, nous pouvons nous assurer que le droit à l’éducation est respecté pour toutes et pour tous, et partout!

 

[1] https://sustainabledevelopment.un.org/sdg4

[2] https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000245238

Photo gracieuseté de Hakijamii

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